EDDARD MINGWE, AUTEUR DANS LES GRANDES LARGEURS...

EDDARD MINGWE, AUTEUR DANS LES GRANDES LARGEURS...

NUMERO 7 : LE SAFARI

Une ancienne nouvelle (poudoum poum pschhttttongue-out), brute et uniquement construite sur un dialogue,  à l'époque où j'écrivais "Souriez...Vous êtes viré !!!" et où je cherchais des moyens tordus & humoristiques d'éradiquer le chômage...Ici, c'est le moyen numéro 7 de la méthode qui est présenté via cette situation...Il y en a donc 6 autres dans le romaninnocent (la nouvelle a été depuis corrigée et a intégré le roman sous forme de chapitre, comme quoi rien ne se perd, rien ne se crée, tout se recyclecool)

 

 

— Laisse-moi crever ici… Je t’en prie…Vite, dégage ! Ils vont

arriver d’une minute à l’autre !

 

— Putain, mais qu’est-ce-que tu racontes ! On reste ensemble

jusqu’au bout. Accroche-toi !

 

— J’en peux plus…Je te jure…J’ai…J’ai du mal à respirer…Et ça y

est, je n’y vois plus rien ! J’ai des picotements…Mon dieu, c’est tout noir !

Merde, je suis devenu aveugle ! Et en plus, j’étouffe, aaaahhhhh….

 

— Chut ! Moins fort ! Tu vas te calmer maintenant ! Bordel, espèce

d’abruti, gueule pas comme un malade, tu vas nous faire repérer ! Et

commence par virer ce bonnet à la con trois fois trop grand que tu portes

même en pleine chaleur…Tu verras ça ira de suite beaucoup mieux…

 

— Oh purée, t’as raison… Je revois, je revois, c’est un miracle !

Merci, merci mon Dieu !

 

— Bon, incroyable, c’est une superbe nouvelle, Dieu existe ! Allez,

on fait une croix sur tout ce qui vient de se passer et on repart du bon pied !

Lève-toi et marche… En route, active avant qu’il ne soit trop tard !

 

— Non, je n’y arriverai pas…C’est fini…Je sombre…Je sens ce

poids terrible qui m’envahit et comprime ma poitrine…Je suis au seuil du

crépuscule de mon existence…Je vais basculer…Je n’ai plus la force de

lutter, je préfère m’abandonner et me laisser aller…J’ai tellement mal,

adieu mon ami, puissions-nous nous revoir un jour dans l’autre monde…

 

— Non mais c’est quoi ces tirades théâtrales toutes pourries ?

 

— C’est un amalgame spontané des derniers films et séries d’héroicfantasy

que j’ai regardés la semaine dernière…Oh, que je souffre…Chaque

parole prononcée est comme un ultime coup de poignard froid et

douloureux qui vient trouer mon corps meurtri et spolier un peu plus mon

âme à la dérive…

 

— Mais pourquoi j’ai hérité d’une brelle pareille ? Bon, Shakespeare,

si tu poussais simplement le sac de quinze kilos que tu agrippes

désespérément et qui te serre le bide, tu serais peut-être plus relâché.

 

— Ah, t’as raison ! C’est mieux ! Je sens l’air qui retrouve

progressivement le chemin de mes poumons…

 

— Oui et moi je sens l’odeur pas fraîche de ton relâchement qui vient

de trouver le chemin de mes narines…Bon faut vraiment qu’on se barre !

 

— J’ai froid maintenant…Je me les gèle…Je convulse…Je suis en

hypothermie…Je crois que je vais faire un arrêt cardiaque…

 

— Pauvre ! Il va toutes me les faire ! Tiens, redresse-toi un peu que

je t’aide à enfiler le pull qui nous a été remis par le conseiller du pôle juste

avant notre départ…

 

— J’y arrive pas…Je ne trouve pas les trous des manches…Je

tremble…Je me caille…

 

— T’es pas doué ! Laisse-moi faire ! Passe-moi ce pull…Oh putain

de merde de bordel à queue !

 

— Quoi ?

 

— Enfoiré de conseiller Pôle emploi ! Ce n’est pas un pull, c’est

une… Housse mortuaire ! Attends deux secondes…Mince, j’en ai un aussi

dans mon sac à dos…

 

— Sans déconner ? Comme dans les séries américaines ? Avec le zip

et tout ? Trop délire ! C’est pour faire quoi au fait ?

 

— A ton avis, andouille…Allez, assez perdu de temps…On

s’arrache maintenant !

 

— Non, pas ça ! Non ! Je savais bien que j’étais en train de crever !

 

— Quoi encore ? Et en abrégé, s’il-te-plait…

 

— Je vois des lueurs…J’aperçois une lumière…Elle s’accentue…Je

le reconnais ! C’est un tunnel baigné de lumière. Il existe vraiment !

J’arrive aux portes de l’au-delà ! Serge m’attends de l’autre côté ! Je

l’aperçois, il me fait signe de le rejoindre…On va enfin se retrouver après

toutes ces années de séparation !

 

— Serge ? C’est qui ? T’es homo ?

 

— C’était mon animal de compagnie…

 

— Un lama ?

 

— Nulle ta blague…Non un chinchilla…Et il y a aussi Lincoln qui

remue la queue au fond à droite !

 

— Lincoln ?

 

— C’était mon chien…

 

— Tu ne vois personne d’autre à part un clébard et un chinchilla qui

t’attendent là-bas pour t’accueillir ? Pas de famille ? Des amis ? Parce que

je veux dire, excuse-moi du peu mais elle est un peu pourrie ta mort là

non ?

 

— Ferme-là et laisse-moi partir en paix ! L’éclat s’intensifie ! C’est

un signe des cieux. Il est l’heure pour moi…Ils viennent me chercher pour

m’emporter dans ma dernière demeure. La lumière est plus chaude, plus

douce, plus proche, elle m’attire, elle m’appelle, elle m’apaise…Ecoute,

les cloches sonnent et retentissent pour moi…Le tintement de la cloche de

la division a commencé…

 

— Le tintement…N’importe quoi ! Tu te fous de moi, t’es entrain de

traduire un passage d’une chanson de Pink Floyd !

 

— C’est bizarre…Il y a un problème avec la lumière…

 

— Un truc qui cloche ?

 

— Très amusant…Elle s’éteint…Elle se rallume…Elle s’éteint…

Elle se rallume…C’est quoi ce délire ? Y-a-un ange qui joue avec

l’interrupteur ou quoi ? Merde, c’est sérieux là, ce sont mes derniers

instants de vie sur terre !

 

— Espèce de couillon, le prends pas mal mais je crois que t’es

allongé avec la grosse lampe torche presque vissée dans ton cul. Chaque

fois que tu bouges, tu appuies sur le bouton et tu éclaires…C’est

mécanique !

 

— Flûte, ce n’est pas le fameux tunnel de lumière, alors ?

 

— Mais non, tu t’es juste pris une bonne gamelle en sautant par dessus

ce buisson épineux…

 

— Moi qui pensais expérimenter une NDE et sur le point de percer le

secret de la vie après la mort…

 

— Pfff…Tu fais bien une NDE, je te rassure, mais je crois bien qu’on

ne parle pas de la même !

 

— C’est-à-dire ?

 

— Tu me fais surtout un Numéro de Débilité Exponentielle depuis un

bon quart d’heure…Faut te ressaisir ou on est foutu, tu comprends ?

 

— Oui. Mais j’en ai marre de courir…Continue seul…Laisse-les me

prendre une bonne fois pour toutes. De toute façon, on ne fait que retarder

l’échéance. On est cuit, on va y passer ! Tout est écrit d’avance…

 

— Ah tu m’emmerdes avec ton fatalisme…On peut encore s’en sortir

si on y croit un minimum…Attends un peu…

 

— Quoi ? Qu’est-ce-qui se passe ?

 

— T’entends-pas ?

 

— Oh putain, ils sont à quelques mètres…

 

Dans l’ombre, pas très loin, deux autres voix distinctes retentissent.

D’abord une intonation d’adolescent bientôt suivie de celle d’un adulte.

 

— Les chômeurs ? Les chômeurs ? On sait que vous êtes là ! On vous

entend ! Inutile de vous cacher ! Vous pouvez toujours courir, on finira

forcément par vous avoir !

 

— Au fait, bravo à vous. Vous êtes les deux derniers rescapés. Vous

avez déjà tenu plus de cinq heures depuis l’ouverture de la battue. Une

performance remarquable et plutôt rare de nos jours…Vos compagnons

n’ont malheureusement pas suivi le même chemin…

 

— On en a buté combien aujourd’hui, papa ?

 

— Vingt-huit sur un groupe de trente, mon grand !

 

— Ah ouais, quand même ! Purée, ça nous met en bonne place au

classement, non ?

 

— C’est clair mon grand, avec ce score on remonte facile dans le top

cinq et on peut même espérer grimper sur le podium en fin de semaine…

— J’adore ces safaris, papa !

 

— Et moi donc ! L’opposition est de plus en plus relevée, les

candidats toujours plus intéressants. Avant, tu n’étais même pas né à

l’époque, on éliminait du bas de gamme, de l’ouvrier, du mécano…

Maintenant on tape même dans du niveau doctorat, c’est dire l’évolution

de ce sport !

 

— Tu m’étonnes…

 

— Papa ?

 

— Oui, mon grand ?

 

— J’ai pas envie que ça s’arrête, je serais trop triste…Tu crois qu’un

jour le safari sera interdit ?

 

— Mais non mon chéri, ne t’en fais pas, le vivier est inépuisable, ça

ne s’arrêtera jamais…Le safari est légal depuis vingt ans. Depuis que les

chômeurs ont changé de statut et sont devenus moins important que les

animaux domestiques. Les pôles recrutent et fournissent la matière

première. Et tant que nous paierons grassement tous ces gouvernements

corrompus et faussement humanistes, nous pourrons continuer à nous

amuser.

 

— Ah tant mieux, parce que je m’éclate vraiment. J’attendais le jour

de mes seize ans avec impatience pour enfin recevoir mon permis de

chasse ! C’est génial !

 

— Tant mieux. Je suis fier de toi. Et puis tu sais, pour être franc il

faut bien avouer que nous rendons service à la communauté en éliminant

tous ces poids morts…Donc inutile de culpabiliser. N’aie crainte, tu

continueras à chasser quand je ne serai plus là…Et après toi, ton fils…Et le

fils de ton fils…Pour des générations et des générations…

 

— Regarde Papa, ils sont sur la droite un peu plus bas…

 

— Allez, concentre-toi, tu l’as dans ton viseur…Respire

calmement…Fige ton attention un instant…Presse doucement la détente

et…Tire !

 

PAN…

 

De l’autre côté du buisson…

 

— Putain, ça fait mal…Je crois que cette fois je vais mourir !

PAN…

 

— Je crois que cette fois tu as raison…

 

 



17/04/2017
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