EDDARD MINGWE, AUTEUR DANS LES GRANDES LARGEURS...

EDDARD MINGWE, AUTEUR DANS LES GRANDES LARGEURS...

LA POUPEE RUSSE

(La poupée russe est une nouvelle particulièrement absurde et stupide, imaginée pour un concours dont le thème (super naze) était "Ce n'est pas du tout ce que vous croyez...")

 

-          Ce n’est pas du tout ce que vous croyez !

 

Voilà ce que j’ai dit lorsque Boris Nataskova et son homme de main Lassichienfidelov ont déboulé dans la distillerie désaffectée du père Vlady Vostok en banlieue de Moskoterburg.

Par un curieux hasard gravitationnel indépendant de ma faible volonté, je me trouvais à cet instant précis coincé dans le sensationnel derrière de la charmante et célèbre actrice de porno Natasha Boriskova, accessoirement  compagne et propriété exclusive de ce parrain de la pègre locale.

Une poussiéreuse bouteille de vodka calée dans la main droite, la gauche agrippant fermement sa crinière étincelante, je ressemblais vaguement à un pâle sosie de sous-John Wayne défoncé chevauchant le long du chemin de fer dans le Grand Ouest. Fragile équilibriste lancé sur un rail de coke, je montais habilement la superbe monture de fortune cambrée les quatre fers en l’air devant moi qui hennissait d’intenses râles de plaisir à peine exagérés par une déformation professionnelle certaine.

En cette tragique matinée, Boris avait omis de prendre son traitement. Un poil irrité, le fou furieux s’est légèrement emporté et a instinctivement décoché une terrible droite à la pauvre fille, la belle perdant aussitôt connaissance et s’écroulant sur le carrelage glacial.

Lorsque la divine Natasha s’est effondrée les jambes écartées, un réflexe conditionné chez elle,  il s’est passé quelque chose d’inattendu et déroutant : à l’impact au sol, un truc  conséquent que je qualifierais de plutôt long et large et  n’étant à priori pas là tout à  l’heure est miraculeusement apparu,  pendouillant à l’entrejambes.

Boris s’est arrêté net, les mâchoires promptes à se décrocher. La fureur déformant son visage s’est teintée d’incompréhension. Paniqué, il s’est instinctivement tourné vers moi comme s’il cherchait un allié de circonstance. En guise de réponse à cette scène surréaliste, j’ai simplement gerbé partout.

Cinq minutes plus tard.

Boris, véritable légende urbaine vivante en Poutinovie, s’assoit à l’écart la tête entre les mains. Il vient de subir un double affront : il est cocu et sa femme est un homme !

Je suis déjà mort…

Me voici ligoté glissant inexorablement vers la triple gueule robotisée de l’énorme broyeuse mécanique dont je distingue désormais précisément les contours métalliques et torturés à quelques mètres. Le monstre de fer aux mâchoires implacables va bientôt me broyer puis me recracher au milieu d’un monticule de déchets organiques et excréments divers voués à la désintégration.

Vais-je me réincarner en un pseudo compost bio destiné à remplacer des plantes sur lesquelles j’ai pris un honteux et malin plaisir à uriner de mon vivant ?

Apparemment non. Je souffle car la vieille machine d’obscure technologie poutinovienne vient de s’enrayer m’offrant un bref sursis. Malheureusement Boris a toujours un plan B et un nouveau coup m’est asséné derrière la nuque.

Les minutes s’écoulent et j’émerge enfin. Après un rapide topo, je constate un changement radical de technique d’élimination. Je suis entièrement nu, sanglé et suspendu dans le vide par les pieds. Un flux d’odeurs nauséabondes s’insinue et m’enveloppe peu à peu. Impuissant, je scrute avec une inquiétude grandissante  les eaux sales et glaciales de la Vulgo qui s’agitent et attendent patiemment de m’avaler en contrebas.

Avant de mourir finalement noyé,  je me remémore la sombre histoire de Boris. Je n’ai rien de mieux à faire en cet instant fatidique et j’ai compris que je ne pourrais honorer mon rendez-vous de midi chez le dentiste…

Mon tortionnaire n’était encore qu’un embryon lorsqu’il commit son premier méfait en faisant frire et dévorant l’œuf de son jumeau dans le ventre maternel. A peine sorti,  il dévoila ses monstrueuses particularités à la lumière du jour et aux yeux incrédules de l’assistance.

La mère horrifiée par l’abominable progéniture fit un choc anaphylactique fatal. La sage-femme s’en remit au divin et se signa solennellement avant de se pendre avec le cordon ombilical fraîchement coupé de l’affreux bébé. L’anesthésiste, désemparé car il venait de perdre subitement sa femme officieuse se défenestra après avoir préalablement vomi son dégoût sur l’uniforme de  l’infirmière, sa femme officielle, qui eut une révélation joyeuse comprenant que grâce à cet adultère avéré elle garderait non seulement la maison mais peut-être aussi le hamster acheté en commun.

Parfaitement calé sur sa base sans rien espérer de la misérable vie qui l’attendait, le bébé tronc ressemblait à une œuvre baroque décorative, simplement oubliée là au milieu du chaos qu’il avait engendré.

Il grandit artificiellement soutenu par de magnifiques prothèses profilées de carbone à en faire pâlir de jalousie n’importe quel sprinter sud-africain excité de la gâchette. Deux bras robotisés de haute technologie complétaient ses parties manquantes et se chargeaient de lui donner un aspect extérieur robotique effroyable inspirant une froide terreur immédiate à quiconque viendrait à croiser son regard. 

Mais revenons à nos moutons. Je vous rappelle que je vais bientôt disparaitre.

Pourquoi ai-je donc fourré mon nez dans les livres de compte de la lucrative industrie pornographique de Boris ? Comment suis-je parvenu à séduire la sculpturale Natasha, enfin plutôt Igor ?

Je l’ignore et vous ne le saurez probablement jamais car… Je tombe.

Une chute vertigineuse. Je flotte un court instant sur une onde calme et noire où ne dorment pas les étoiles et tente de capter une dernière image réconfortante dans l’obscurité environnante avant d’être happé pour toujours.

Tiens ? Du mouvement là-haut…

Les grosses fesses flasques et tièdes immobiles au-dessus de ma tête se mettent enfin à bouger laissant pénétrer un peu de lumière. Le journal vient d’être jeté à terre, les immondes espadrilles écossaises assorties à la blouse à fleurs informe sont rechaussées. La perspective inquiétante d’un doigt qui grossit et fonce dans ma direction me glace les sens. Une pression anodine mais suffisante s’exerce sur le bouton poussoir chromé. Les éléments se déchaînent et m’emportent à jamais dans un violent tourbillon qui semble sans fin.

Je l’avoue, je ne connais aucun épouvantail nommé Boris. J’adore les polars, les cowboys et je suis bel et bien le locataire éphémère de l’arrière-train d’une Natasha plutôt éléphantesque d’ailleurs...

Car vous faites fausse route depuis le départ : je suis un spécimen rare d’étron schizophrène paranoïaque nageant en plein cacarium tremens.poupéerusse.jpg

 

( Mouais ça c'est de la chute^^)



26/03/2017
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