EDDARD MINGWE, AUTEUR DANS LES GRANDES LARGEURS...

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(Une nouvelle assez récente, écrite un soir de haine et de solitudetongue-out, et qui a servi de base a un chapitre de mon second roman "Demain, quand j'étais mort !"...Là aussi, il y a des guests bien gratinés...)

 

Eté 2015. Il est exactement 1h30 en cette nuit étouffante. Je transpire. Je suis trempé. Je suis crevé. Je sens le bouquin glisser le long de mes doigts manucurés alors que mes yeux me trahissent et se ferment progressivement.

Pour une fois dans ma vie, je lutte véritablement pour retenir quelque chose, mais le pavé finit par m’échapper définitivement. Le volume 3 de « L’encyclopédie de la pensée pour les nuls » entame sa chute vertigineuse et vient lourdement se fracasser sur le dos du chinchilla de ma femme lui brisant la colonne vertébrale.

Alors que la bestiole visiblement agonisante rampe pitoyablement pour se déplacer sur l’hideux tapis de laine persan choisi par ma moitié en cadeau de mariage, je constate avec effroi que la couverture du livre est écornée en haut à droite.

Je suis furieux et bondis hors du lit conjugal où il ne se passe jamais grand-chose. Je balance un coup de pied à l’animal en imaginant que c’est sa maîtresse pour me donner du courage et accélérer le mouvement. Je ramasse le pauvre livre bien mal en point. Je deviens blême et suis pris de spasmes de rage lorsque je m’aperçois qu’une page ou deux sont déchirées. Je déteste lorsque les choses ne sont pas carrées et ça me rend malade lorsque mes affaires sont abimées.

Foutu pour foutu, je balance violemment l’ouvrage qui percute le haut du ventilateur. La tête de l’appareil se décroche et tombe tout en continuant à tourner à la vitesse maximale préréglée. Les pales affutées se détachent, s’envolent et viennent malencontreusement décapiter la boule de poils qui se trainait au mauvais endroit au mauvais moment. J’ai toujours su que Madame aurait dû mettre la petite bête en cage dès le départ, un accident est si vite arrivé…

Là, forcément je me dis que ça sent la boulette. Non seulement, ce con de chinchilla ressemble maintenant à une pâte à tartiner chocolat noir-chocolat blanc, mais le tapis est également foutu.

Cette carpette, je précise, était l’inestimable cadeau de mon adorable belle-mère. J’insiste sur l’emploi volontaire d’« inestimable » car cette carne s’est suffisamment vantée du prix.

Bon, c’est clair, ma femme va sûrement gueuler. Encore plus que d’habitude. Ses grands yeux de fouine vont me juger et m’accuser sans que je puisse émettre la moindre tentative d’explication rationnelle, sa voix de hyène va m’invectiver comme jamais. Un grand moment d’intimité en perspective. J’ai hâte.

Je dois effacer toutes traces du drame. Vite réfléchir, même s’il s’avère souvent compliqué pour mon cerveau d’émettre un raisonnement rapide, qualitatif et fiable. Gérer les priorités…

D’abord, le plus important : recoller la page et remettre le livre à sa place à la suite des deux premiers volumes. Huit-cent pages englouties m’ont mené à ce désastre nocturne et je n’ai toujours rien compris à ce que j’ai lu. Le contenu était bien trop complexe. Au moins du niveau lycée.

J’attrape ensuite l’aspirateur. C’est un « Dyson numéro neuf processeur poly- dynamique à multi-aspiration-quadri-sensorielle-moquettudinale de classe dix ». Bref, un engin de tueur à trois-mille euros et des poussières.

De la grosse merde, oui ! L’appareil censé ne pas perdre l’aspiration manque d’inspiration et se bouche, incapable d’ingérer les morceaux collants de chinchilla éparpillés aux quatre coins de la chambre. Complètement engorgé de viscères gluantes et d’amas de poils souillés, le moteur, seul élément non garanti à vie, commence à fumer avant de griller et de s’enflammer.

Décidément, ce soir c’est jackpot ! Je passe nerveusement les mains dans mes cheveux pour les remettre à l’arrière, mais c’est une perte de temps car je ne suis que rarement décoiffé. J’ôte ma chemise en lin encore humide et recouvre l’aspirateur. Au prix d’efforts insensés, je parviens héroïquement à étouffer le mini brasier naissant. J’ai pris soin de fixer mon caméscope sur un trépied pour filmer cet exploit. Ça pourra toujours servir.

J’ouvre en grand la baie vitrée et je me sers un verre de Bourbon d’excellente qualité. Les vapeurs cramées flottent un moment avant de s’échapper portées par le courant d’air salvateur. L’odeur de brûlé persistante s’estompe peu à peu. Mon idiote d’épouse croira pour un temps que son animal de compagnie s’est barré et restera inconsolable quelques instants avant de filer s’en acheter un autre deux fois plus cher. Elle ne revient que dans deux jours. J’aurai largement le temps de la préparer à cette terrible épreuve par téléphone et de fignoler mon argumentaire.

Et pour ce foutu tapis ? Me vient une idée très originale. Et si je faisais croire à un cambriolage ? Ça se tient…On réside dans une immense propriété isolée, on est plein aux as, on fait des envieux, on a des ennemis et on a encore oublié de régler la facture pour la vidéosurveillance.

Je m’exécute et je mets l’ensemble de la maison sens dessus dessous. Je file à l’extérieur et je dissimule habilement le chic paillasson dans un container sous un gros tas d’ordures. Sa vraie place. Mission accomplie. Je me sens mieux. Je prends une douche et, soulagé, je me recouche…

1h34. Non, ce n’est pas une faute de frappe. Cette succession d’évènements tragiques et ridicules s’est bien déroulée dans un laps de temps de quatre minutes.

J’ouvre péniblement les yeux. J’entends du bruit en bas. Ça vient du séjour. Je flippe. C’est sérieux, il y a vraiment quelqu’un qui s’est introduit dans la baraque et qui est entrain de fouiller.  Et dire que je viens de mettre le bordel ! Purée, je lui ai mâché le boulot !

Je dois me grouiller et impérativement appeler la police. Mais quel abruti ! Mon portable est en bas, enfermé dans un coffre numérique avec une ouverture par scanner rétinien ! Paranoïa ? Simple précaution au cas où ma moitié aurait la mauvaise idée de venir lire certaines conversations privées avec mes différentes maitresses.

Quelque chose vient de tomber et de se briser. L’inconnu qui rôde et se cache dans la pénombre se rapproche. Je suis terrorisé.

Un instant plus tard, je me tiens cramponné à la rampe qui surplombe le grand hall d’entrée, prêt à descendre. Je scrute attentivement les alentours dans l’obscurité. Rien…Puis un nouveau bruit sourd qui me fait sursauter.

Il faut que j’y aille avant qu’il ne soit trop tard. Tant pis, je prends le risque. Je pose mes fesses sur le siège du Monte-Escaliers. Pas parce que je suis vieux,  je l’ai fait installer par simple fainéantise. Je presse le bouton et la longue descente vers l’inconnu s’amorce à environ 2 km/heure.

Je me trouve désormais au milieu du couloir principal de la bâtisse. J’entrevois une lumière inhabituelle et diffuse sous le seuil de la porte qui me fait face. Je perçois à nouveau quelque chose. Je tends l’oreille. C’est vraiment une expression à la con car je ne sais pas si c’est anatomiquement possible. J’entends alors ce son glaçant, abominable, indescriptible. Comme un râle venu d’ailleurs. Je sens la sueur qui déferle sur mon front. J’essaie de contrôler ma respiration mais la cadence s’emballe alors que l’étrange illumination mâtinée de vert s’accentue et semble envahir la pièce.

Je titube. Je recule. Les contours d’une forme hideuse et surnaturelle se dessinent. La chose avance dans ma direction. Punaise, je la vois enfin distinctement. C’est innommable. C’est un putain d’Alien venu d’un autre monde.

Le monstre vient de me repérer et stoppe sa progression. Il tourne furtivement la tête dans la direction opposée en émettant un cri strident. Ça signifie qu’il n’est pas venu seul. Il communique avec d’autres créatures extraterrestres qui l’attendent dehors. Ces saloperies cosmiques ont certainement pris position, quadrillé la zone et encerclent la maison.

Je suis vraiment dans la merde. Ces enfoirés de mutants intergalactiques vont m’embarquer dans leur soucoupe par un passage multidimensionnel et me faire plein de trucs expérimentaux dégueulasses, genre toucher rectal du troisième type, avant de me relâcher nu et amnésique sur le périphérique en pleine période de départ en vacances.

Je veux survivre. Je dois m’échapper. L’Alien me fixe et se cambre, prêt à bondir pour saisir sa proie. Il bave. Sûrement une forme d’acide super agressive inconnue qui pourrait me dissoudre en un seul crachat bien ciblé.

Son immense gueule s’ouvre et découvre des rangées de dents acérées et étincelantes. Sa grosse tête se met à osciller frénétiquement de droite à gauche libérant de longues tentacules jaunes et velues. Ce qui doit être l’équivalent d’un bras chez nous se dresse et pointe dans ma direction. J’en déduis que c’est un rituel d’attaque. L’extraterrestre se prépare à lancer son ultime assaut.

Il respire fort et m’observe en me dévoilant son hideux faciès laiteux, gonflé et anormalement déformé.

Je me retourne pour fuir. J’ai déjà malheureusement trop reculé et je suis littéralement dos au mur. Je suis horrifié. Je commence à pleurer mais je me reprends rapidement. Je m’accroupis, stoïque, et je décide d’accepter le funeste destin qui m’attend. Je me dis que ma vie fut finalement belle et que j’ai bien trompé mon monde en tant que philosophe au rabais, reporter de guerre bidon ou encore mauvais mari.

Je souris et je ferme les yeux alors que l’Alien en furie se rue sur moi et me fait basculer. Il m’étreint, se penche et je sens son haleine fétide pénétrer insidieusement mes narines et perturber mon odorat jusqu’à me donner la nausée. Il tente de communiquer avec moi.

 

-Bernard Henry ? Bernard Henry ? Vous êtes tout pâle…Bernard Henry ? C’est moi, Arielle, je suis rentrée mon amour, j’ai eu un vol plus tôt…

 

Cette voix. Cette tronche. Impossible de me retenir. Je vomis partout. Rentrée avec deux jours d’avance. C’était encore pire que tout ce que j’avais pu imaginer…

 

 

 

Chinchillou avant le drame...



26/03/2017
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