EDDARD MINGWE, AUTEUR DANS LES GRANDES LARGEURS...

EDDARD MINGWE, AUTEUR DANS LES GRANDES LARGEURS...

TEXTES COURTS


NUMERO 7 : LE SAFARI

Une ancienne nouvelle (poudoum poum pschhttttongue-out), brute et uniquement construite sur un dialogue,  à l'époque où j'écrivais "Souriez...Vous êtes viré !!!" et où je cherchais des moyens tordus & humoristiques d'éradiquer le chômage...Ici, c'est le moyen numéro 7 de la méthode qui est présenté via cette situation...Il y en a donc 6 autres dans le romaninnocent (la nouvelle a été depuis corrigée et a intégré le roman sous forme de chapitre, comme quoi rien ne se perd, rien ne se crée, tout se recyclecool)

 

 

— Laisse-moi crever ici… Je t’en prie…Vite, dégage ! Ils vont

arriver d’une minute à l’autre !

 

— Putain, mais qu’est-ce-que tu racontes ! On reste ensemble

jusqu’au bout. Accroche-toi !

 

— J’en peux plus…Je te jure…J’ai…J’ai du mal à respirer…Et ça y

est, je n’y vois plus rien ! J’ai des picotements…Mon dieu, c’est tout noir !

Merde, je suis devenu aveugle ! Et en plus, j’étouffe, aaaahhhhh….

 

— Chut ! Moins fort ! Tu vas te calmer maintenant ! Bordel, espèce

d’abruti, gueule pas comme un malade, tu vas nous faire repérer ! Et

commence par virer ce bonnet à la con trois fois trop grand que tu portes

même en pleine chaleur…Tu verras ça ira de suite beaucoup mieux…

 

— Oh purée, t’as raison… Je revois, je revois, c’est un miracle !

Merci, merci mon Dieu !

 

— Bon, incroyable, c’est une superbe nouvelle, Dieu existe ! Allez,

on fait une croix sur tout ce qui vient de se passer et on repart du bon pied !

Lève-toi et marche… En route, active avant qu’il ne soit trop tard !

 

— Non, je n’y arriverai pas…C’est fini…Je sombre…Je sens ce

poids terrible qui m’envahit et comprime ma poitrine…Je suis au seuil du

crépuscule de mon existence…Je vais basculer…Je n’ai plus la force de

lutter, je préfère m’abandonner et me laisser aller…J’ai tellement mal,

adieu mon ami, puissions-nous nous revoir un jour dans l’autre monde…

 

— Non mais c’est quoi ces tirades théâtrales toutes pourries ?

 

— C’est un amalgame spontané des derniers films et séries d’héroicfantasy

que j’ai regardés la semaine dernière…Oh, que je souffre…Chaque

parole prononcée est comme un ultime coup de poignard froid et

douloureux qui vient trouer mon corps meurtri et spolier un peu plus mon

âme à la dérive…

 

— Mais pourquoi j’ai hérité d’une brelle pareille ? Bon, Shakespeare,

si tu poussais simplement le sac de quinze kilos que tu agrippes

désespérément et qui te serre le bide, tu serais peut-être plus relâché.

 

— Ah, t’as raison ! C’est mieux ! Je sens l’air qui retrouve

progressivement le chemin de mes poumons…

 

— Oui et moi je sens l’odeur pas fraîche de ton relâchement qui vient

de trouver le chemin de mes narines…Bon faut vraiment qu’on se barre !

 

— J’ai froid maintenant…Je me les gèle…Je convulse…Je suis en

hypothermie…Je crois que je vais faire un arrêt cardiaque…

 

— Pauvre ! Il va toutes me les faire ! Tiens, redresse-toi un peu que

je t’aide à enfiler le pull qui nous a été remis par le conseiller du pôle juste

avant notre départ…

 

— J’y arrive pas…Je ne trouve pas les trous des manches…Je

tremble…Je me caille…

 

— T’es pas doué ! Laisse-moi faire ! Passe-moi ce pull…Oh putain

de merde de bordel à queue !

 

— Quoi ?

 

— Enfoiré de conseiller Pôle emploi ! Ce n’est pas un pull, c’est

une… Housse mortuaire ! Attends deux secondes…Mince, j’en ai un aussi

dans mon sac à dos…

 

— Sans déconner ? Comme dans les séries américaines ? Avec le zip

et tout ? Trop délire ! C’est pour faire quoi au fait ?

 

— A ton avis, andouille…Allez, assez perdu de temps…On

s’arrache maintenant !

 

— Non, pas ça ! Non ! Je savais bien que j’étais en train de crever !

 

— Quoi encore ? Et en abrégé, s’il-te-plait…

 

— Je vois des lueurs…J’aperçois une lumière…Elle s’accentue…Je

le reconnais ! C’est un tunnel baigné de lumière. Il existe vraiment !

J’arrive aux portes de l’au-delà ! Serge m’attends de l’autre côté ! Je

l’aperçois, il me fait signe de le rejoindre…On va enfin se retrouver après

toutes ces années de séparation !

 

— Serge ? C’est qui ? T’es homo ?

 

— C’était mon animal de compagnie…

 

— Un lama ?

 

— Nulle ta blague…Non un chinchilla…Et il y a aussi Lincoln qui

remue la queue au fond à droite !

 

— Lincoln ?

 

— C’était mon chien…

 

— Tu ne vois personne d’autre à part un clébard et un chinchilla qui

t’attendent là-bas pour t’accueillir ? Pas de famille ? Des amis ? Parce que

je veux dire, excuse-moi du peu mais elle est un peu pourrie ta mort là

non ?

 

— Ferme-là et laisse-moi partir en paix ! L’éclat s’intensifie ! C’est

un signe des cieux. Il est l’heure pour moi…Ils viennent me chercher pour

m’emporter dans ma dernière demeure. La lumière est plus chaude, plus

douce, plus proche, elle m’attire, elle m’appelle, elle m’apaise…Ecoute,

les cloches sonnent et retentissent pour moi…Le tintement de la cloche de

la division a commencé…

 

— Le tintement…N’importe quoi ! Tu te fous de moi, t’es entrain de

traduire un passage d’une chanson de Pink Floyd !

 

— C’est bizarre…Il y a un problème avec la lumière…

 

— Un truc qui cloche ?

 

— Très amusant…Elle s’éteint…Elle se rallume…Elle s’éteint…

Elle se rallume…C’est quoi ce délire ? Y-a-un ange qui joue avec

l’interrupteur ou quoi ? Merde, c’est sérieux là, ce sont mes derniers

instants de vie sur terre !

 

— Espèce de couillon, le prends pas mal mais je crois que t’es

allongé avec la grosse lampe torche presque vissée dans ton cul. Chaque

fois que tu bouges, tu appuies sur le bouton et tu éclaires…C’est

mécanique !

 

— Flûte, ce n’est pas le fameux tunnel de lumière, alors ?

 

— Mais non, tu t’es juste pris une bonne gamelle en sautant par dessus

ce buisson épineux…

 

— Moi qui pensais expérimenter une NDE et sur le point de percer le

secret de la vie après la mort…

 

— Pfff…Tu fais bien une NDE, je te rassure, mais je crois bien qu’on

ne parle pas de la même !

 

— C’est-à-dire ?

 

— Tu me fais surtout un Numéro de Débilité Exponentielle depuis un

bon quart d’heure…Faut te ressaisir ou on est foutu, tu comprends ?

 

— Oui. Mais j’en ai marre de courir…Continue seul…Laisse-les me

prendre une bonne fois pour toutes. De toute façon, on ne fait que retarder

l’échéance. On est cuit, on va y passer ! Tout est écrit d’avance…

 

— Ah tu m’emmerdes avec ton fatalisme…On peut encore s’en sortir

si on y croit un minimum…Attends un peu…

 

— Quoi ? Qu’est-ce-qui se passe ?

 

— T’entends-pas ?

 

— Oh putain, ils sont à quelques mètres…

 

Dans l’ombre, pas très loin, deux autres voix distinctes retentissent.

D’abord une intonation d’adolescent bientôt suivie de celle d’un adulte.

 

— Les chômeurs ? Les chômeurs ? On sait que vous êtes là ! On vous

entend ! Inutile de vous cacher ! Vous pouvez toujours courir, on finira

forcément par vous avoir !

 

— Au fait, bravo à vous. Vous êtes les deux derniers rescapés. Vous

avez déjà tenu plus de cinq heures depuis l’ouverture de la battue. Une

performance remarquable et plutôt rare de nos jours…Vos compagnons

n’ont malheureusement pas suivi le même chemin…

 

— On en a buté combien aujourd’hui, papa ?

 

— Vingt-huit sur un groupe de trente, mon grand !

 

— Ah ouais, quand même ! Purée, ça nous met en bonne place au

classement, non ?

 

— C’est clair mon grand, avec ce score on remonte facile dans le top

cinq et on peut même espérer grimper sur le podium en fin de semaine…

— J’adore ces safaris, papa !

 

— Et moi donc ! L’opposition est de plus en plus relevée, les

candidats toujours plus intéressants. Avant, tu n’étais même pas né à

l’époque, on éliminait du bas de gamme, de l’ouvrier, du mécano…

Maintenant on tape même dans du niveau doctorat, c’est dire l’évolution

de ce sport !

 

— Tu m’étonnes…

 

— Papa ?

 

— Oui, mon grand ?

 

— J’ai pas envie que ça s’arrête, je serais trop triste…Tu crois qu’un

jour le safari sera interdit ?

 

— Mais non mon chéri, ne t’en fais pas, le vivier est inépuisable, ça

ne s’arrêtera jamais…Le safari est légal depuis vingt ans. Depuis que les

chômeurs ont changé de statut et sont devenus moins important que les

animaux domestiques. Les pôles recrutent et fournissent la matière

première. Et tant que nous paierons grassement tous ces gouvernements

corrompus et faussement humanistes, nous pourrons continuer à nous

amuser.

 

— Ah tant mieux, parce que je m’éclate vraiment. J’attendais le jour

de mes seize ans avec impatience pour enfin recevoir mon permis de

chasse ! C’est génial !

 

— Tant mieux. Je suis fier de toi. Et puis tu sais, pour être franc il

faut bien avouer que nous rendons service à la communauté en éliminant

tous ces poids morts…Donc inutile de culpabiliser. N’aie crainte, tu

continueras à chasser quand je ne serai plus là…Et après toi, ton fils…Et le

fils de ton fils…Pour des générations et des générations…

 

— Regarde Papa, ils sont sur la droite un peu plus bas…

 

— Allez, concentre-toi, tu l’as dans ton viseur…Respire

calmement…Fige ton attention un instant…Presse doucement la détente

et…Tire !

 

PAN…

 

De l’autre côté du buisson…

 

— Putain, ça fait mal…Je crois que cette fois je vais mourir !

PAN…

 

— Je crois que cette fois tu as raison…

 

 


17/04/2017
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LE CHOMAGE DU FUTUR ALTERNATIF

Voici une nouvelle issue de mon premier blog lorsque j'étais en recherche d'emploi il y a quelques années...Remaniée, elle est devenue le chapitre 12 de mon premier roman "Souriez...Vous êtes viré !!! Ce passage se déroule dans un futur plutôt particulier avec des méthodes punitives redoutablement efficaceswink

 

 

Je venais de recevoir une nouvelle convocation du C.I.T, Consortium Impérial du Travail.

Le spacio-taxi (les noms et marques dans mon futur alternatif sontcomplètement nuls) arriva face à l’immense bâtiment gris de plus de deux cent niveaux (les dimensions dans mon futur alternatif sont à peine exagérées) qui semblait se perdre au-delà des nuages toujours gris (la pollution sur Paris dans mon futur alternatif est encore pire qu’aujourd’hui).

Le droide troglodyte conducteur m’invita à descendre (les robots sont calqués sur les personnes de petite taille dans mon futur alternatif car ça coûte beaucoup moins cher à produire).

 

— La compagnie Spacio vous souhaite une agréable fin de journée en espérant vous revoir prochainement sur son réseau. Veuillez-vous acquitter de votre paiement de cinquante crédits s’il vous plaît.

— Cinquante crédits pour dix minutes ? Mais c’est du vol ! (les individus lambda continuent à se faire arnaquer par les élites et à gueuler pour un oui ou un non dans mon futur alternatif).

 

Le robot me fixa et je sentis la petite lumière bleue passer le long de mon visage. J’étais scanné comme une vulgaire lettre de motivation.

 

— Rectification : les données indiquent que vous êtes chômeur. En tant qu’assisté parasite, vous avez le droit à une réduction de trois crédits (dans mon futur alternatif on donne encore des pseudo-rabais aux demandeurs d’emploi pour leur faire croire qu’on leur accorde un minimum de considération).

 

Quelques instants plus tard, j’entrai dans le bâtiment.

Le pôle emploi, tel que nous le connaissons, n’existait plus et avait été remplacé par cette super structure aux moyens beaucoup plus radicaux et définitifs, peu après le fiasco de la troisième guerre du travail contre les hordes déchainées de clones chômeurs de troisième génération cinquante ans plus tôt.

Les gouvernements successifs, désarmés, impuissants et poussés dans leurs ultimes retranchements face à l’irrésistible propagation de ce nouveau mal des plus virulents, avaient cru trouver une parade en créant leurs propres monstres dans les anciens laboratoires secrets enterrés de l’ANPE, que tout le monde croyait disparus depuis des siècles.

Les expériences secrètes menées sur leurs salariés jugés incompétents pour enrayer le fléau à l’époque avaient dégénéré et engendré des conseillers pôle emploi mutants génétiquement modifiés, désormais appelés Grands Conseillers, et jouissant de capacités psychiques supérieures…

L’ascenseur venait de s’arrêter au niveau trente, l’étage des chômeurs de plus d’un an.

La lumière vira du rouge au vert. Le numéro deux mille d’une série sans doute infinie s’afficha.

L’homme qui portait un costume bleu anthracite, une couleur moche très répandue dans ce futur alternatif, leva rapidement les yeux, empoigna sa valise qui couina de douleur et se redressa (dans mon futur alternatif il y a effectivement des choses étranges comme des valises couineuses, vous comprendrez un peu plus tard).

L’individu demeura un instant figé, le temps pour lui d’ajuster sa cravate (certains comportements vestimentaires n’ont pas changé dans mon futur alternatif).

S’ensuivirent quelques pas hésitants. Il se trouvait à présent face à l’immense porte métallique. Il regarda brièvement dans ma direction et souffla comme pour évacuer une pression devenue difficilement contrôlable. L’homme transpirait. Il tremblotait. Ses yeux et sa façon d’avancer trahissaient une peur qu’il ne pouvait plus dissimuler. C’était son tour. Un quitte ou double. Et après ce serait le mien.

Nous savions plus ou moins que la porte dissimulait d’inavouables et terribles secrets. Nous en avions tous une petite idée. Des bruits couraient. Les rumeurs enflaient. Presque des légendes urbaines. Punaise, quel suspens !

La porte automatique s’ouvrit de gauche à droite glissant silencieusement sur son rail d’aluminax polycarbonique de synthèse (Ce n’est pas une faute de frappe, l’aluminax est le composant qui a remplacé l’aluminium traditionnel dans ce futur alternatif. C’est un matériel moins solide et plus cher que l’aluminium car même au niveau des constructions

on continue à faire de la merde au fil des siècles).

L’homme entra. La pièce était immense et nue, d’une clarté étonnante.

Seul, pile au centre, un individu chauve aux traits émaciés et inquiétants, assis derrière un bureau de verre translucide (En effet dans mon futur alternatif tous les méchants sont chauves…Ah, je vous gonfle avec mon futur alternatif ?) le dévisageait.

 

— « Non-travailleur » numéro deux mille. Veuillez-vous avancer, je vous prie. Dépêchons.

 

Il s’exécuta timidement. L’individu maxi-dégarni l’invita à s’asseoir face à lui.

 

— Prenez place…Allons dépêchons !

 

Le chômeur renversa maladroitement sa valise qui couina à nouveau et rendit l’âme sur le coup suite au choc violent (oui, dans ce futur alternatif les valises sont organiques et vivantes. Elles ont remplacé les animaux domestiques et préparent elles-mêmes les vêtements de leurs propriétaires lorsque ces derniers partent en déplacement) ce qui eut immédiatement le don d’irriter son interlocuteur.

Le quémandeur de job sortit un micro-aspirateur numérique à système anti-sudation faciale intégré de sa poche et aspira tout ce qui perlait sur son front, conscient d’avoir déjà commis une première erreur peut-être irréparable.

 

— « Non-travailleur » numéro deux mille. Vous recherchez une place pour vous réinsérer dans cette société depuis un an jour pour jour. Vous arrivez aujourd’hui à la date limite d’indemnisation et de prise en charge autorisée par le Consortium. Vous connaissez les lois du C.I.T… Vous connaissez la sanction… Vous connaissez le châtiment…J’ajoute à votre

dossier déjà bien chargé que vous venez de vous rendre coupable d’homicide volontaire sur votre valise qui est reconnue comme une espèce protégée. Ce crime est punissable de la peine capitale selon les lois fédérales en vigueur comme stipulé clairement dans l’article 213-52-52 bis du code de protection des valises organiques…On va bien se marrer…

 

Le chômeur essaya de résister mais imaginant la tragique et inéluctable issue de ce sinistre entretien, il éclata en sanglots et s’affala de tout son poids sur le bureau de verre cherchant à se justifier.

 

- J’aimais sincèrement cette petite valise…Elle était tout pour moi. Mon amie, ma confidente ! Ma vie est foutue ! Je ne suis plus rien sanselle… Et j’ai tout essayé…Les lettres, les entretiens…Je le jure…

 

— Lettres ? Candidatures ? Ces rapports prétendent le contraire. Vous ne pouvez plus vivre aux crochets de vos concitoyens. Notre société ne l’a que trop toléré, du temps où elle était faible. Voyez où cela nous a mené…Une société décadente pleine de fainéants et autres parasites. Aujourd’hui cette époque est révolue. Vous faîtes partie des poids morts.

Je vous laisse deviner la suite…Nous avons suffisamment été tolérants avec vous. C’est terminé. De plus, vous avez en partie avoué avoir des rapports intimes avec votre attaché-case. Vous êtes donc également reconnu coupable de valisophilie aigue ! Nous avons bien à charge deux chefs d’accusation gravissimes et indiscutables !

 

— Non ! Pas ça ! Je ne suis pas un délinquant sexuel ! Pitié…

 

La valise qui n’était pas morte, mais simplement groggy la tête dans le sac, bougea et se mit à curieusement sautiller sur place comme secouée de spasmes incontrôlables.

Le Grand Conseiller fronça les sourcils ce qui eut pour effet de surligner les traits inquiétants d’un visage déjà sévère et famélique.

Il sortit un test de grossesse biomécanique infra-rouge digital dernière génération pour articles de voyage organiques de son long manteau sombre et scanna l’objet de haut en bas découvrant une autre chose bien vivante de moindre taille à l’intérieur.

Il vociféra de nouveau.

 

— De mieux en mieux ! Cette valise est enceinte ! La reproduction avec des instruments de voyage protégés est strictement prohibée. Vous frisez désormais la triple condamnation !

 

Le chômeur redressa la tête découvrant des yeux rougis, emplis d’effroi et d’incompréhension.

Il essaya d’ouvrir la bouche comme pour se défendre et plaider sa cause mais aucun son ne put en sortir. Il avait du mal à respirer et sentit un poids et une force inconnue appliquer une pression intense, continue et progressive sur son thorax. Il commençait à suffoquer. Le Grand Conseiller le fixait, amusé, et semblait se délecter de cette souffrance. L’étreinte dura encore quelques secondes puis fut relâchée d’un seul coup.

 

— Alors, fainéant, on commence à comprendre qu’on aurait dû chercher un job au lieu de glander aux frais de la communauté et de forniquer avec ses bagages ?

 

— Pi…pitié. J’ai amené mon nouveau curriculum vitae. J’ai une nouvelle lettre de motivation…Je suis en règle…Je vais redoubler d’efforts…Je…

 

Le chômeur bascula à nouveau vers l’avant cherchant à reprendre son souffle.

Ses yeux croisèrent alors ceux de son tortionnaire. Une ou deux secondes qui lui semblèrent une éternité. Puis des murmures lointains et récurrents vinrent peu à peu envahir son esprit. Des mots répétés en boucle et de plus en plus fort dont il ne pouvait se débarrasser.

 

« Chômeurs…Parasites…Fainéants…Gangrène…Elimination…Annihilation… »

 

Il se leva en se tenant la tête à deux mains et en hurlant :

 

— Mais putain, c’est quoi ce truc. J’entends des bruits. J’entends des voix dans ma tête. Arrêtez…Arrêtez, merde !

 

La douleur au niveau des tempes allait en s’intensifiant. Il sentait ses veines se gonfler inexorablement à l’intérieur de son crâne surchargé.

Le Grand Conseiller esquissa un sourire et accentua son regard et sa concentration.

 

— Maintenant, vermine d’assisté, tu vas mourir et améliorer les statistiques. Je vais te libérer définitivement du chômage qui spolie ton corps et consume ton âme. Hum, puissante cette tirade, je devrais la mettre dans un livre.

 

Le chômeur suppliait toujours et tomba à genoux sur le sol. Un mal encore plus vif le rappela immédiatement à l’ordre et le plaqua définitivement à terre.

 

— Aaaaah…C’est insupportable. C’est inhumain. Arrêtez !

 

— Inhumain ? La bonne blague ! Nous ne vous considérons pas comme des humains. Il est trop tard…Vous, chômeurs, non travailleurs, vous êtes la lie de votre espèce. Vous êtes des cafards. Vous êtes le cancer qui ronge cette planète.

 

Le chômeur, malgré la souffrance insoutenable et au bord de l’arrêt cardiaque, dans un sursaut de lucidité ne put s’empêcher de commettre l’erreur fatale et articula difficilement :

 

— Le cancer qui ronge cette planète ? Ce n’est pas dans Matrix, cette

phrase ?

 

Le Grand Conseiller fronça les sourcils. Son regard se fit plus noir en direction de sa victime. Il interrogea :

 

— Ma trique ? Mais qu’est-ce donc ? De la pornographie ?

 

— Un…Film…

 

— Et en plus, monsieur prend le temps de regarder des films au lieu de bosser, c’est inacceptable !

 

C’était le coup de grâce.

Le visage du chômeur gonfla jusqu’à se déformer avec en bruit de fonds d’immondes hurlements de douleur et de terreur à vous remuer les tripes. Les oreilles et le nez se mirent à saigner abondamment. Les yeux injectés et explosés qui avaient désormais la taille de balles de tennis furent expulsés de leurs orbites. La boîte crânienne en fusion

commença à se liquéfier. La peau se fissura et les tissus corporels furent lacérés par une force aussi puissante que mystérieuse.

La tête du chômeur finit par exploser sous la pression recouvrant le bureau d’une projection de sang et de peau dans laquelle baignaient de petits morceaux de cervelle, preuve scientifique irréfutable que contrairement aux fausses idées répandues certains chômeurs possédaient bel et bien un cerveau.

Le Grand Conseiller referma le techno-parapluie à capteur de chômeur en déliquescence intégré qu’il avait positionné devant lui pour se protéger des éclaboussures.

Il en avait pris l’habitude. Il châtiait entre deux et trois mille parasites sociaux chaque semaine. C’était un job épuisant mais plaisant, puisque bien rémunéré et reconnu d’utilité publique.

Il appuya sur l’interphone situé à sa gauche.

 

— Service nettoyage et désinfection, s’il vous plaît…

 

Quelques secondes plus tard, une sorte de robot volant ménager gris métallisé s’affairait à effacer toute trace du récent massacre.

Le Grand Conseiller reprit calmement place au bureau de verre fraîchement remis à neuf. Dubitatif, il s’interrogeait mais impossible de se

rappeler.

 

— Matrix…Matrix…M’en rappelle pas…Pas vu ce film ! Putain de fainéant !

 

Le robot vint en rajouter une couche.

 

— Veuillez patientez Monsieur le Conseiller, je recherche dans les archives. Processus en cours. ..Bip…Matrix. Film de science-fiction des années quatre-vingt-dix. Réalisé par deux frères. Rectification : réalisé par un frère et une soeur. Apparemment, il y a eu un changement de sexe intempestif. La phrase que vous avez énoncée et qui a été reconnue par le

parasite chômeur ressemble à une tirade déclamée par l’agent Smith, représentant de l’ordre, qui s’adresse à son captif Morpheus, un chef rebelle.

 

— Merci pour toutes ces précisions Dyson 123…Vous dîtes Morpheus ? C’est quoi ce nom à coucher dehors ? Latin ou grec ?

 

— Morpheus : Rebelle. Résistant. Ni latin, ni grec. Plutôt bronzé et la tête dans les nuages. Sorti du système, qui contourne le système et qui cherche à ruiner un système appelé « matrice ».

 

— Ah, ok. Un chômeur, quoi ! Merci Dyson 123 pour cet éclairage.

 

— De rien, Monsieur le Conseiller.

 

A nouveau, le rouge vira au vert. Le numéro suivant venait de s’afficher. C’était mon tour.

Nous étions en l’an 2156 et jamais les statistiques pour l’emploi n’avaient été aussi bonnes ! On éradiquait le chômage au sens propre. La méthode pouvait être discutable mais les chiffres se révélaient excellents.

Un hurlement strident brisa le silence nocturne. Je venais de me réveiller. J’étais trempé et essoufflé. C’était de pire en pire. J’y pensais tout le temps le jour. Désormais,

le chômage occupait même mes nuits. Comme une obsession qui dévorait mon esprit et venait le torturer à chaque instant. Il fallait que je trouve un job avant de devenir complètement timbré !

N’ayez pas peur. Je ne pense pas être fou. Enfin pas trop.

Ma perception du monde et des évènements est simplementlégèrement différente de la vôtre…Comme vous avez certainement eu le temps de le constater !

Et n’oubliez jamais cette perspective essentielle : quelqu’un de différent, c’est quelqu’un de normal avec des différences en plus !

 

 


29/03/2017
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LA MORT DE L'AUTO-EDITION

Comment l'autoédition est mortecry...(Attention flashforwards ! Ames sensibles & auteurs indés en quête de reconnaissance s'abstenircool)

 

Chronologie non exhaustive des évènements...

 

2016    Dans son grand journal, l'empereur autoproclamé Augustus Trappinus 1er consigne les bases d'une loi pour limiter la propagation du fléau naissant de l'auto-édition. Le roi de la critique facile encourage notamment la chasse aux auteurs auto-édités sur les réseaux sociaux, mais également dans le bois de Boulogne qu'il fréquente assidument.

 

2017    Le terme "auto-édité" fait une entrée remarquée dans l'ensemble des dictionnaires en tant que synonyme officiel de "médiocrité".

 

2018   Plusieurs études scientifiques sérieuses financées par un conglomérat de grandes maisons d'édition et relayées intensivement par les médias démontrent que près de 99% des auteurs indépendants seraient analphabètes ou consanguins,  et représenteraient une menace réelle pour la société pluriculturelle.

 

2019    Bernard Pivot est arrêté, interrogé, torturé (on lui injecte par intraveineuse de l'essence d'extraits de romans de Marc Lévy racontés par Arielle Dombasle ) et enfin exécuté après avoir avoué l'impensable : il aurait aimé et chroniqué un roman auto-édité en cachette deux ans plus tôt.

 

2020   La loi El Sépalir est votée à l'unanimité.  Les lecteurs courageux qui dénoncent un auteur auto-édité seront désormais exemptés d'impôt sur le revenu et susceptibles d'être candidats à la légion d'honneur.

 

2021    Les auteurs auto-édités sont interdits de présence sur les salons. On les accepte uniquement désormais dans les nouveaux zoos littéraires super tendance où les lecteurs sont vivement invités à venir leur jeter des cacahuètes tout en pouvant se moquer de leurs romans ridicules et bourrés de fautes.

 

2022    La Bible, considérée à tort ou à raison comme le premier roman auto-édité de l'histoire de l'humanité, est interdite. Le livre est entièrement réécrit et réédité chez Xo Editions, devenant au passage le plus gros succès commercial de Guillaume Musso.

 

2023    Alors que le phénomène d'auto-édition a enfin été éradiqué, Augustus Trappinus 1er est retrouvé mort dans son salon, la main droite anormalement gonflée et déformée, le sexe à l'air,  des amas de feuilles de sopalin collantes éparpillées autour de lui. A proximité de sa dépouille ridicule, une caisse pleine de romans auto-édités...

 

A suivre...

 


26/03/2017
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HOME INVASION EXTRATERRESTRE

(Une nouvelle assez récente, écrite un soir de haine et de solitudetongue-out, et qui a servi de base a un chapitre de mon second roman "Demain, quand j'étais mort !"...Là aussi, il y a des guests bien gratinés...)

 

Eté 2015. Il est exactement 1h30 en cette nuit étouffante. Je transpire. Je suis trempé. Je suis crevé. Je sens le bouquin glisser le long de mes doigts manucurés alors que mes yeux me trahissent et se ferment progressivement.

Pour une fois dans ma vie, je lutte véritablement pour retenir quelque chose, mais le pavé finit par m’échapper définitivement. Le volume 3 de « L’encyclopédie de la pensée pour les nuls » entame sa chute vertigineuse et vient lourdement se fracasser sur le dos du chinchilla de ma femme lui brisant la colonne vertébrale.

Alors que la bestiole visiblement agonisante rampe pitoyablement pour se déplacer sur l’hideux tapis de laine persan choisi par ma moitié en cadeau de mariage, je constate avec effroi que la couverture du livre est écornée en haut à droite.

Je suis furieux et bondis hors du lit conjugal où il ne se passe jamais grand-chose. Je balance un coup de pied à l’animal en imaginant que c’est sa maîtresse pour me donner du courage et accélérer le mouvement. Je ramasse le pauvre livre bien mal en point. Je deviens blême et suis pris de spasmes de rage lorsque je m’aperçois qu’une page ou deux sont déchirées. Je déteste lorsque les choses ne sont pas carrées et ça me rend malade lorsque mes affaires sont abimées.

Foutu pour foutu, je balance violemment l’ouvrage qui percute le haut du ventilateur. La tête de l’appareil se décroche et tombe tout en continuant à tourner à la vitesse maximale préréglée. Les pales affutées se détachent, s’envolent et viennent malencontreusement décapiter la boule de poils qui se trainait au mauvais endroit au mauvais moment. J’ai toujours su que Madame aurait dû mettre la petite bête en cage dès le départ, un accident est si vite arrivé…

Là, forcément je me dis que ça sent la boulette. Non seulement, ce con de chinchilla ressemble maintenant à une pâte à tartiner chocolat noir-chocolat blanc, mais le tapis est également foutu.

Cette carpette, je précise, était l’inestimable cadeau de mon adorable belle-mère. J’insiste sur l’emploi volontaire d’« inestimable » car cette carne s’est suffisamment vantée du prix.

Bon, c’est clair, ma femme va sûrement gueuler. Encore plus que d’habitude. Ses grands yeux de fouine vont me juger et m’accuser sans que je puisse émettre la moindre tentative d’explication rationnelle, sa voix de hyène va m’invectiver comme jamais. Un grand moment d’intimité en perspective. J’ai hâte.

Je dois effacer toutes traces du drame. Vite réfléchir, même s’il s’avère souvent compliqué pour mon cerveau d’émettre un raisonnement rapide, qualitatif et fiable. Gérer les priorités…

D’abord, le plus important : recoller la page et remettre le livre à sa place à la suite des deux premiers volumes. Huit-cent pages englouties m’ont mené à ce désastre nocturne et je n’ai toujours rien compris à ce que j’ai lu. Le contenu était bien trop complexe. Au moins du niveau lycée.

J’attrape ensuite l’aspirateur. C’est un « Dyson numéro neuf processeur poly- dynamique à multi-aspiration-quadri-sensorielle-moquettudinale de classe dix ». Bref, un engin de tueur à trois-mille euros et des poussières.

De la grosse merde, oui ! L’appareil censé ne pas perdre l’aspiration manque d’inspiration et se bouche, incapable d’ingérer les morceaux collants de chinchilla éparpillés aux quatre coins de la chambre. Complètement engorgé de viscères gluantes et d’amas de poils souillés, le moteur, seul élément non garanti à vie, commence à fumer avant de griller et de s’enflammer.

Décidément, ce soir c’est jackpot ! Je passe nerveusement les mains dans mes cheveux pour les remettre à l’arrière, mais c’est une perte de temps car je ne suis que rarement décoiffé. J’ôte ma chemise en lin encore humide et recouvre l’aspirateur. Au prix d’efforts insensés, je parviens héroïquement à étouffer le mini brasier naissant. J’ai pris soin de fixer mon caméscope sur un trépied pour filmer cet exploit. Ça pourra toujours servir.

J’ouvre en grand la baie vitrée et je me sers un verre de Bourbon d’excellente qualité. Les vapeurs cramées flottent un moment avant de s’échapper portées par le courant d’air salvateur. L’odeur de brûlé persistante s’estompe peu à peu. Mon idiote d’épouse croira pour un temps que son animal de compagnie s’est barré et restera inconsolable quelques instants avant de filer s’en acheter un autre deux fois plus cher. Elle ne revient que dans deux jours. J’aurai largement le temps de la préparer à cette terrible épreuve par téléphone et de fignoler mon argumentaire.

Et pour ce foutu tapis ? Me vient une idée très originale. Et si je faisais croire à un cambriolage ? Ça se tient…On réside dans une immense propriété isolée, on est plein aux as, on fait des envieux, on a des ennemis et on a encore oublié de régler la facture pour la vidéosurveillance.

Je m’exécute et je mets l’ensemble de la maison sens dessus dessous. Je file à l’extérieur et je dissimule habilement le chic paillasson dans un container sous un gros tas d’ordures. Sa vraie place. Mission accomplie. Je me sens mieux. Je prends une douche et, soulagé, je me recouche…

1h34. Non, ce n’est pas une faute de frappe. Cette succession d’évènements tragiques et ridicules s’est bien déroulée dans un laps de temps de quatre minutes.

J’ouvre péniblement les yeux. J’entends du bruit en bas. Ça vient du séjour. Je flippe. C’est sérieux, il y a vraiment quelqu’un qui s’est introduit dans la baraque et qui est entrain de fouiller.  Et dire que je viens de mettre le bordel ! Purée, je lui ai mâché le boulot !

Je dois me grouiller et impérativement appeler la police. Mais quel abruti ! Mon portable est en bas, enfermé dans un coffre numérique avec une ouverture par scanner rétinien ! Paranoïa ? Simple précaution au cas où ma moitié aurait la mauvaise idée de venir lire certaines conversations privées avec mes différentes maitresses.

Quelque chose vient de tomber et de se briser. L’inconnu qui rôde et se cache dans la pénombre se rapproche. Je suis terrorisé.

Un instant plus tard, je me tiens cramponné à la rampe qui surplombe le grand hall d’entrée, prêt à descendre. Je scrute attentivement les alentours dans l’obscurité. Rien…Puis un nouveau bruit sourd qui me fait sursauter.

Il faut que j’y aille avant qu’il ne soit trop tard. Tant pis, je prends le risque. Je pose mes fesses sur le siège du Monte-Escaliers. Pas parce que je suis vieux,  je l’ai fait installer par simple fainéantise. Je presse le bouton et la longue descente vers l’inconnu s’amorce à environ 2 km/heure.

Je me trouve désormais au milieu du couloir principal de la bâtisse. J’entrevois une lumière inhabituelle et diffuse sous le seuil de la porte qui me fait face. Je perçois à nouveau quelque chose. Je tends l’oreille. C’est vraiment une expression à la con car je ne sais pas si c’est anatomiquement possible. J’entends alors ce son glaçant, abominable, indescriptible. Comme un râle venu d’ailleurs. Je sens la sueur qui déferle sur mon front. J’essaie de contrôler ma respiration mais la cadence s’emballe alors que l’étrange illumination mâtinée de vert s’accentue et semble envahir la pièce.

Je titube. Je recule. Les contours d’une forme hideuse et surnaturelle se dessinent. La chose avance dans ma direction. Punaise, je la vois enfin distinctement. C’est innommable. C’est un putain d’Alien venu d’un autre monde.

Le monstre vient de me repérer et stoppe sa progression. Il tourne furtivement la tête dans la direction opposée en émettant un cri strident. Ça signifie qu’il n’est pas venu seul. Il communique avec d’autres créatures extraterrestres qui l’attendent dehors. Ces saloperies cosmiques ont certainement pris position, quadrillé la zone et encerclent la maison.

Je suis vraiment dans la merde. Ces enfoirés de mutants intergalactiques vont m’embarquer dans leur soucoupe par un passage multidimensionnel et me faire plein de trucs expérimentaux dégueulasses, genre toucher rectal du troisième type, avant de me relâcher nu et amnésique sur le périphérique en pleine période de départ en vacances.

Je veux survivre. Je dois m’échapper. L’Alien me fixe et se cambre, prêt à bondir pour saisir sa proie. Il bave. Sûrement une forme d’acide super agressive inconnue qui pourrait me dissoudre en un seul crachat bien ciblé.

Son immense gueule s’ouvre et découvre des rangées de dents acérées et étincelantes. Sa grosse tête se met à osciller frénétiquement de droite à gauche libérant de longues tentacules jaunes et velues. Ce qui doit être l’équivalent d’un bras chez nous se dresse et pointe dans ma direction. J’en déduis que c’est un rituel d’attaque. L’extraterrestre se prépare à lancer son ultime assaut.

Il respire fort et m’observe en me dévoilant son hideux faciès laiteux, gonflé et anormalement déformé.

Je me retourne pour fuir. J’ai déjà malheureusement trop reculé et je suis littéralement dos au mur. Je suis horrifié. Je commence à pleurer mais je me reprends rapidement. Je m’accroupis, stoïque, et je décide d’accepter le funeste destin qui m’attend. Je me dis que ma vie fut finalement belle et que j’ai bien trompé mon monde en tant que philosophe au rabais, reporter de guerre bidon ou encore mauvais mari.

Je souris et je ferme les yeux alors que l’Alien en furie se rue sur moi et me fait basculer. Il m’étreint, se penche et je sens son haleine fétide pénétrer insidieusement mes narines et perturber mon odorat jusqu’à me donner la nausée. Il tente de communiquer avec moi.

 

-Bernard Henry ? Bernard Henry ? Vous êtes tout pâle…Bernard Henry ? C’est moi, Arielle, je suis rentrée mon amour, j’ai eu un vol plus tôt…

 

Cette voix. Cette tronche. Impossible de me retenir. Je vomis partout. Rentrée avec deux jours d’avance. C’était encore pire que tout ce que j’avais pu imaginer…

 

 

 

Chinchillou avant le drame...


26/03/2017
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LE MONGOLIST

(Une courte nouvelle légèrement bête dont vous reconnaitrez peut-être le cadre et le protagoniste principal...)

 

Paris. 12 avril 2015. 16h30. J’ouvre difficilement les yeux. La nuit a été agitée. Je n’ose même pas évoquer l’intensité de la matinée. Un furtif coup d’œil à droite : elle dort encore. D’où vient-elle ? Quel est son nom ? Et…Houlà je n’avais pas remarqué ça hier soir : combien pèse-t-elle ?

Je l’ignore et je m’en fous.

Je me tourne doucement côté opposé. Celle-là aussi récupère toujours. Je sens quelque chose d’agréable qui remonte entre mes jambes. Je tâte et devine une tête. Je soulève discrètement la couette. Celle-ci est réveillée et même très active.

Pour les trois en même temps, mon agent a réussi à me négocier un bon tarif hier soir à la sortie du restaurant.

Je me lève, m’étire et regarde machinalement dans l’imposant miroir qui me fait face et reflète ma perfection. Je constate amusé que mes cheveux ont encore poussé et recouvrent entièrement la nuque. Ils terminent leur course en une multitude de bouclettes savamment réparties et faussement négligées. C’est pénible, mais je suis obligé de passer tous les jours par la case coiffeur.

Je m’en fous, j’en ai les moyens.

Malgré tous les efforts nocturnes consentis, je sens super bon.  La sueur glisse sur ma peau et ne s’attarde jamais. Nul besoin d’user un stock complet de sticks bon marché comme le commun des blaireaux  pour annihiler des fragrances incommodantes qui pourraient s’échapper des multiples parties à pilosité variable de mon corps. Les indélicates zones de brousse ont disparu il y a bien longtemps. Comme si j’avais subi une déforestation intensive à l’époque. Un vague souvenir de jeunesse oublié et surtout étouffé.

C’est hallucinant… Je sens tellement bon. Comme si ces délicats arômes m’enveloppaient depuis toujours, comme si tout était inné. Une effluve classe désormais indissociable de ma personne.

Naturellement beau et continuellement empreint de cette odeur incroyable, je décide de me saper. Bien sûr, un être tel que moi pourrait aisément sortir et déambuler à poil dans la rue bondée…Je préfère m’abstenir… Par pudeur ? Par discrétion ?

Non, simplement par souci d’éviter une émeute en exhibant mon inégalable physique d’Apollon aux yeux de toutes Je préfère m’en amuser intérieurement. Je suis le seul à rire de mes blagues et seules mes blagues me font rire..

Je décide de faire sobre. J’enfile une chemise blanche légèrement froissée. Je la laisse partiellement ouverte dévoilant mon torse huilé et les quelques poils chirurgicalement plantés-là qui me donnent un aspect viril mais pas bestial.

J’essaie de retrousser les manches pour me donner un air décontracté et dans l’air du temps. C’est dur, je ne pensais pas devoir travailler autant. Je persévère et j’y parviens. Je ressors  aussi cet affreux  pantalon en  toile noire, une sorte de relique des années quatre-vingt qui me moule les fesses.

Je suis absolument ridicule. Je suis le seul à le savoir. Peu importe. Quoi que je fasse, que je porte ou que je dise, elles m’aimeront toujours.

Je regarde par la fenêtre. Une journée incroyable s’annonce. Dehors, il fait un temps magnifique.

C’est miraculeux : apparemment un truc incroyable s’est produit cette nuit. Je le devine et je le ressens au plus profond de moi. Je ne saurais l’expliquer mais j’ai acquis la capacité de faire du vélo. Guidé par une force inconnue, je suis persuadé que je suis capable de tenir  en équilibre et même de pédaler sans me vautrer comme une pauvre merde. Suis-je entrain de rêver ? Est-ce un effet à retardement de la cocaïne ? Je dois en avoir le cœur net…

A bientôt cinquante ans, même si je suis le seul à croire que j’en fais trente-cinq,  et après plusieurs tentatives infructueuses, je décide d’ôter les roulettes aux extrémités de ma superbe bicyclette.

Pour dire vrai, je demande au fils du voiturier qui est âgé de huit ans s’il peut m’aider car je n’ai jamais appris à me servir d’une clé ou d’un tournevis. Je l’avoue volontiers, sous cette armure dorée et des airs artificiellement perspicaces,  sommeille un individu con comme un manche.

J’enfourche ma monture. Je suis tout excité. J’ai même une érection lorsque mon appendice frôle le cadre métallique que je m’apprête à chevaucher. Je pousse fébrilement sur les pédales. Pas besoin de forcer grâce aux muscles finement dessinés qui subliment mes exceptionnels mollets.

J’avance. Je roule sur plus d’un mètre sans chuter. Je n’étais jamais allé aussi loin. C’est une sensation de liberté complètement nouvelle et enivrante.

La grande rue passante s’offre à moi. J’amorce la descente les deux mains parfaitement centrées sur le guidon. Une simple question d’aérodynamisme. Et bien entendu de perfection.

Au gré de ma courte mais intense balade, je souris bêtement. J’ai la bouche grande ouverte. Mes dents révèlent un blanc éclatant comme si je venais de subir six détartrages successifs en trois jours.

J’ai l’air stupide et je m’en fous.

Plusieurs promeneurs éblouis ferment les yeux car la lumière que je dégage irradie littéralement l’avenue. D’autres saisissent leurs lunettes de soleil pour prévenir une éventuelle inflammation de la cornée.

Je dépasse progressivement les badauds. Ils ne peuvent s’empêcher de m’observer car ils m’adorent. Je les regarde en retour. S’ils savaient ! Je les méprise à un point qu’ils n’oseraient même pas imaginer s’ils étaient seulement capables d’y réfléchir.

Je m’esclaffe en arborant mon air le plus suffisant. J’arrive presque en bas.

Elle attend mon arrivée. Un rictus pervers illumine mon visage. Personne ne peut le voir car je suis en contre-champ.

J’arrive bientôt à sa hauteur. Elle est toujours de dos. C’est mieux ainsi car elle est peut être laide. On verra bien.

Je ne suis pas concentré. J’essaie de me remémorer le script. Ah oui, elle doit s’arrêter et se retourner vers moi…

Pas trop tôt. Nous y voilà. Elle se fige net devant la fausse zone de travaux qui l’empêche de monter sur le trottoir. Comme tétanisée…Tu parles d’une épreuve.

Mais bordel, qu’est-ce qu’elle fout ? Elle ne voit pas qu’elle a juste à contourner l’obstacle sur trois mètres pour passer de l’autre côté cette gourde ? Bonne, peut-être. Conne, assurément.

J’active la sonnette minable qui doit renforcer l’aspect authentique de cette scène affligeante pour lui signaler ma présence.

Encore une andouille inconnue et intermittente du spectacle qui se rêve certainement actrice et qui a probablement loupé sa carrière dans le mannequinat…Une paumée qui fait la belle et court le cacheton minable pour élever seule ses trois gosses…Merci la production pour ce casting de rêve !

Elle semble hésitante. Elle ne se retourne pas. Comme si elle n’avait pas remarqué les dix-huit caméras et les cinq preneurs de sons qui me collent au derrière comme de vulgaires mouches à merde depuis dix minutes. Comme si sa mémoire de poisson rouge lui avait fait oublier un script d’une simplicité enfantine.

Elle m’irrite. Mais putain, connasse, tu vas te retourner, oui ou merde ? Faut que je te prenne sur ce grotesque vélo de bonne femme comme seul le ferait un bon gentleman et que je te mène saine et sauve un pâté de maison plus loin ! Allez, retourne-toi et si tu es sage tu auras le droit à un autographe et à un extra dans ma loge après le tournage !

Elle vient d’être touchée par la grâce et me dévoile finalement son regard intense et perçant dans une lente volte-face totalement maitrisée et bien cadrée.

Je suis surpris. Elle est foutrement belle. J’en perds mes moyens.

La cadence s’emballe. Je vais beaucoup trop vite. Je me chie dessus. Un caleçon à trois-cent dollars… Je m’en fous, j’en ai plein et même des plus chers.

Je fonds sur la zone de travaux en laissant une trainée nauséabonde dans mon sillage. Comme je suis très riche mais vraiment trop con, j’ai oublié de demander comment fonctionnaient les freins. J’accélère encore. J’hurle au moment où je percute la barrière. Merde, c’était une vraie zone de travaux ! Je m’envole et je me crashe comme un vulgaire pantin fracassé plusieurs mètres en dessous, tête première dans les égouts.

 

-Coupez ! Coupez ! Mais c’est pas vrai ! C’est pas possible ! Combien ça va nous coûter cette histoire avec les assurances ? Tu t’attendais à ça, toi ?

 

-Pas besoin d’être extralucide ou mentaliste pour voir que Simon est con mais je pensais qu’il savait au moins faire du vélo…

 

-Bon va voir s’il n’est pas mort cet abruti ! Allez pour les autres tenez-vous prêts, on reprend tout depuis le début dans dix minutes… « Gentleman only, Givenchy », deuxième prise, c’est parti !

 

 

 


26/03/2017
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